Meilleur des 5 sets au tennis : le favori gagne-t-il plus ?

· Pronocast

Tableau d’un tournoi dans l’application Pronocast, des huitièmes de finale à la finale

Au meilleur des cinq sets, le favori est-il mieux protégé ? C’est l’argument classique en faveur du format des Grands Chelems messieurs : pour battre un meilleur joueur, il faut le dominer trois fois, pas deux, et la chance a moins de prises. Le raisonnement tient sur le papier. Mais il se vérifie mal, parce que les matchs en cinq sets se jouent tous au même endroit : en Grand Chelem, devant les meilleurs joueurs du monde.

Nous avons repris 33 794 matchs de simple ATP et WTA, joués entre janvier 2022 et septembre 2026, dont 2 405 en cinq sets, et comparé chaque résultat à ce que prévoyait le classement Elo des deux joueurs. Pour séparer l’effet du format de celui du Grand Chelem, nous avons un témoin rare : les dames, qui jouent les mêmes tournois, sur les mêmes courts, mais en trois sets.

Ce que la théorie annonce

Si un joueur gagne chaque set avec la même probabilité, indépendamment des autres, le calcul est direct. Plus le match est long, plus le meilleur joueur a de chances de l’emporter.

Chances de gagner le match pour un joueur qui gagne chaque set avec la probabilité p
Par setEn trois setsEn cinq setsGain
55 %57,5 %59,3 %+1,8 pt
60 %64,8 %68,3 %+3,5 pts
65 %71,8 %76,5 %+4,7 pts
70 %78,4 %83,7 %+5,3 pts

Un favori typique de notre échantillon, à 67 % en trois sets, gagnerait donc environ 4 points de plus en cinq sets. C’est le chiffre à garder en tête : la théorie prévoit un avantage réel, mais modeste.

En Grand Chelem, le favori gagne plus que prévu

Pour savoir si le favori gagne plus qu’il ne devrait, nous comparons son taux de victoire à celui que l’Elo laisse attendre, calculé uniquement sur des matchs en trois sets.

Le favori de l’Elo, selon le circuit et le format
MatchsNombreFavori gagneAttenduÉcart
ATP, Grand Chelem (5 sets)2 40570,8 %67,4 %+3,4 pts
WTA, Grand Chelem (3 sets)2 44670,5 %67,7 %+2,8 pts
ATP, autres tournois (3 sets)14 99563,9 %64,5 %−0,6 pt
WTA, autres tournois (3 sets)13 94865,4 %65,3 %+0,2 pt

70,8 % contre 63,9 % : le favori gagne sept points de plus en Grand Chelem qu’ailleurs sur l’ATP, et 3,4 points de plus que ne le prévoyait l’Elo, un écart qui n’arrive pas par hasard (z = 3,65). À ce stade, tout semble donner raison au format.

Mais les dames font pareil en trois sets

Regardez la deuxième ligne. Chez les dames, en Grand Chelem, le favori gagne 70,5 % de ses matchs, pour 2,8 points de plus que prévu. Tout est là, avec trois sets seulement. L’écart entre les deux circuits, une fois l’attendu retiré, est de +0,6 point, avec un intervalle à 95 % de −2,0 à +3,1 points. Impossible de dire que les cinq sets font gagner davantage le favori : ce que l’on mesure d’abord, c’est un effet Grand Chelem.

Cet effet ne dépend pas de la surface. À surface égale, le constat est le même sur dur, sur terre battue et sur gazon.

Le favori de l’Elo en Grand Chelem, par surface
SurfaceATP Grand ChelemWTA Grand ChelemATP autres tournois
Dur71,4 % (1 194)71,2 % (1 217)64,1 % (7 977)
Terre battue70,8 % (602)70,3 % (612)64,1 % (5 038)
Gazon69,8 % (609)69,5 % (617)60,5 % (958)

Pourquoi le Grand Chelem favorise-t-il autant les favoris ? Nous ne l’avons pas testé. Les pistes habituelles sont un enjeu maximal pour les meilleurs, un tableau de 128 joueurs aux têtes de série protégées et des joueurs qui s’y préparent spécifiquement. Ce sont des hypothèses, pas des résultats.

Un indice du côté des derniers tours

Les cinq sets ne sont pas absents des chiffres pour autant. En découpant par tour, la différence entre messieurs et dames apparaît, mais pas où l’on pourrait l’attendre.

Écart entre le taux de victoire du favori et l’attendu, en Grand Chelem
ToursATP (5 sets)WTA (3 sets)Différence
1er et 2e tours+1,7 pt (1 824)+3,2 pts (1 843)−1,5 pt
3e tour et au-delà+8,7 pts (581)+1,7 pt (603)+7,0 pts

Aux deux premiers tours, les messieurs ne font pas mieux que les dames. À partir du troisième tour, le favori de l’ATP gagne 77,3 % de ses matchs, 8,7 points de plus que prévu, quand le favori de la WTA reste à son niveau attendu. La différence est de 7,0 points, avec un intervalle à 95 % de +1,8 à +12,1. Elle dépasse les 4 points que prévoit la théorie : de quoi rester prudent plutôt que de conclure.

Il faut la lire avec prudence : nous avons découpé par tour après avoir vu les chiffres, ce qui augmente le risque de trouver un écart qui n’existe pas, et l’échantillon est modeste (581 matchs côté ATP). C’est un indice que les cinq sets pèsent dans la seconde moitié du tableau, pas encore une preuve.

Les bookmakers le savent déjà

Sur les matchs pour lesquels nous avons les cotes des bookmakers, le favori du marché gagne 73,5 % de ses matchs en Grand Chelem messieurs (1 323 matchs), alors que les cotes sans marge lui donnaient 72,1 %. L’écart de 1,3 point ne se distingue pas du hasard. Pour comparaison, les cotes donnent 66,0 % au favori des autres tournois ATP : le marché a déjà intégré la prime du Grand Chelem, et il ne l’a pas surévaluée. Chez les dames en Grand Chelem, il annonce 71,0 % pour 73,3 % réalisés.

Il n’y a donc pas de faille évidente à exploiter : si vous pensez que « le favori vaut plus en cinq sets », les cotes le pensent aussi. Notre guide sur les paris explique pourquoi une idée pareille ne suffit pas à gagner de l’argent.

Comment lire un match en cinq sets

  • Ne tenez pas le favori pour imbattable. En Grand Chelem messieurs, il perd encore près de trois matchs sur dix.
  • Le premier tour n’est pas plus sûr qu’ailleurs. Nos données n’y montrent pas d’avantage propre aux cinq sets.
  • Si le format pèse, c’est dans les derniers tours. Du troisième tour à la finale, le favori de l’ATP gagne plus que prévu, ce que le favori de la WTA ne fait pas.
  • Regardez aussi la fatigue. Un match de cinq sets use plus que trois, et notre étude sur la fatigue montre ce que les jours de repos changent, ou ne changent pas.

Dans Pronocast, le format intervient pour le score en sets : le modèle sait si un match se joue en trois ou en cinq sets, et sa table de scores en cinq sets est mesurée sur plus de 2 800 matchs. Pour la probabilité de victoire, il ne reçoit ni le format ni le tournoi, mais il reçoit les cotes, qui l’intègrent déjà. Les pronostics du jour affichent ce score à côté de la probabilité, et la page des résultats vérifiés montre ce qu’ils valent une fois les matchs joués.

Méthode

Matchs de simple des circuits ATP et WTA, du 1er janvier 2022 au 22 septembre 2026, dont les deux joueurs avaient déjà disputé au moins vingt matchs : 33 794 matchs. Les cinq sets sont ceux du tableau final de simple messieurs de l’Open d’Australie, de Roland-Garros, de Wimbledon et de l’US Open (2 405 matchs). Les qualifications, jouées en trois sets, sont retirées : notre fournisseur les étiquette comme des quarts, des demi-finales ou des finales, nous gardons donc les matchs joués à partir du premier match du premier tour de chaque édition. Quelques matchs manquent à l’archive : de 108 à 127 matchs par édition et par circuit, pour 127 dans un tableau complet. Le taux attendu est le taux de victoire réel observé pour une probabilité Elo donnée, par tranches de 2,5 points, calculé sur les seuls matchs en trois sets. Les écarts sont jugés par un test z, et l’intervalle de l’écart entre deux groupes vaut cet écart plus ou moins 1,96 fois son erreur-type. Les cotes sont la moyenne des bookmakers, ramenée à une probabilité sans marge, disponible pour 16 469 matchs de l’échantillon. Le script complet est conservé avec nos données.

Questions fréquentes

Le favori gagne-t-il plus souvent au meilleur des cinq sets ?
En Grand Chelem messieurs, oui : le favori de l’Elo gagne 70,8 % de ses matchs en cinq sets, contre 63,9 % dans les autres tournois ATP. Mais chez les dames, en Grand Chelem et en trois sets, il gagne 70,5 % : l’avantage vient d’abord du Grand Chelem, pas du format.
Que prévoit la théorie pour un match en cinq sets ?
Pour un favori à 67 % en trois sets, environ 4 points de plus en cinq sets, si chaque set est indépendant et à probabilité égale. Le gain atteint environ 5 points pour un favori à 78 % en trois sets, et reste sous 2 points pour un match très serré (58 %).
Les cinq sets réduisent-ils les surprises au premier tour ?
Pas dans nos données. Aux deux premiers tours, l’écart entre le taux de victoire du favori et l’attendu est de +1,7 point chez les messieurs (cinq sets) contre +3,2 points chez les dames (trois sets). Rien n’indique d’effet du format.
À partir de quel tour les cinq sets semblent-ils jouer ?
À partir du troisième tour : le favori de l’ATP y gagne 77,3 % de ses matchs, 8,7 points de plus que prévu, contre 1,7 point de plus chez les dames. C’est un indice, pas une preuve : le découpage par tour a été fait après coup, sur 581 matchs.
Les bookmakers ont-ils déjà intégré cet avantage ?
Oui. Les cotes donnent 72,1 % au favori en Grand Chelem messieurs, contre 66,0 % dans les autres tournois ATP, et il gagne 73,5 % de ses matchs (1 323 matchs). L’écart avec les cotes ne se distingue pas du hasard : le marché a déjà intégré la prime.

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